Hadès — Il n’y a pas d’issue
Il n’y a pas d’issue, There is no escape, ce message que l’on voit à chaque échec dans une partie d’Hadès, m’apparaît comme l’expression la plus juste du sentiment de désespoir de l’homme face à sa condition mortelle.

Quand mes angoisses à propos de la mort me tourmentent, j’ai exactement cette sensation : peu importe vers quelle direction je me tourne, vers les religions et leurs vaines promesses que je méprise, vers les consolations trompeuses de la philosophie, vers l’espoir vain d’une solution technique qui permettrait au moins de retarder l’échéance, sans abolir la limite absolue, j’ai cette sensation d’enfermement, d’être cloisonné dans un espace sans sortie imaginable.
Hadès est trompeur malgré tout, il permet au personnage principal de sortir des Enfers, alors que j’aurais aimé un rogue-lite tout à fait tragique, qui n’offrirait aucune bonne fin, aucune sortie, un jeu qui ne promettrait au gagnant que la répétition de la même vérité : there is no escape. Il me semble que les jeux-vidéo manquent parfois d’audace et pourraient davantage surprendre le joueur en proposant davantage d’expériences qui trompent le joueur, le déçoivent dans ses attentes, ce qui précisément récompensera les joueurs exigeants, qui cherchent autre chose que le confort et le divertissement en jouant. J’aimerais un jeu où l’on voit clairement que même les gagnants sont condamnés, comme les bergers d’Arcadie, les plus heureux des hommes, sont aussi condamnés ; où l’on sent que personne ne peut trouver d’issue, personne — parce que c’est ça l’essence tragique de la condition non seulement humaine, mais vivante. Être vivant, c’est être dans un espace qui, aussi plaisant soit-il, est irrévocablement destiné à s’anéantir, sans aucune issue possible. Il n’y a pas moyen de s’arranger, pas de compromis ; aucune victoire ne peut triompher de l’échec final, intégré à la structure même de la vie.
