‎‎Florent Basch

Injonction morale négative

Plutôt que de se demander ce que l’on pourrait faire pour améliorer le monde, ce qui tend à nous rendre velléitaire, à multiplier les beaux projets que l’on ne réalisera jamais, il est préférable de se demander ce que l’on pourrait faire pour diminuer la malfaisance que nous générons, pour atténuer les nuisances qui accompagnent notre manière de vivre. Il est plus facile de retrancher quelque chose à notre vie que d’y ajouter quelque chose ; il est plus facile d’arrêter de manger un certain type d’aliment (la viande par exemple) plutôt que de faire des démarches pour s’engager dans une association visant à favoriser le bien-être animal. Par ailleurs, à moins d’être une belle âme, nous ne pouvons consacrer toutes nos forces à l’élévation de notre vie morale ; nous poursuivons des buts nombreux, exigeants des ressources et de l’attention, et nous ne sommes pas prêts à sacrifier ces buts pour tout faire afin d’améliorer le monde. Or, arrêter certaines activités, certaines consommations, ne nous demande pas beaucoup de temps ni d’énergie ; il suffit d’un changement dans les habitudes de vie. Je crois que je contribue un tout petit peu à l’amélioration du monde en ayant cessé de consommer de la viande, alors que cela ne me demande désormais plus aucun effort actif, je n’ai pas l’impression de faire volontairement une « bonne action ». Je me dis donc que la maxime morale que nous devrions suivre devrait prendre une forme négative pour être efficace : réduis progressivement, autant que possible, tout ce qui, dans ton mode de vie, contribue à diminuer le bonheur des êtres sensibles.

#éthique