‎‎Florent Basch

L'amour pour principe, l'ordre pour base, et le progrès pour but

Malgré tout ce que l’on peut reprocher au positivisme d’Auguste Comte (épistémologie simpliste, volonté délirante de systématiser la totalité de l’ordre social, misogynie accablante même pour l’époque, et surtout une absence de doute incompatible avec l’esprit scientifique dont il se réclame), je crois que nous sommes obligés de reconnaître qu’il a inventé la meilleure formule synthétisant l’idéal que devrait suivre l’humanité.

Amour pour principe : si nous n’avons pas d’amour, nous n’avons pas de raisons de vivre, pas d’intérêt de poursuivre la quête de la civilisation ; nous n’avons aucun attachement aux choses et aux êtres. L’amour est le fondement sensible de toute notre activité et de toutes nos valeurs, l’amour est ce qui nous permet d’avoir une préférence pour un état du monde plutôt que pour un autre. Sans amour, rien n’a de sens, et le nihilisme triomphe.

L’ordre pour base : si le système social n’est pas ordonné, il n’y a pas de coordination des forces, les capacités et ambitions individuelles s’annulent, s’annihilent, et conduisent à la régression voire à la destruction. (Comte pensait que pour préserver l’ordre, il fallait un État autoritaire, voire totalitaire, où tout est réglementé rationnellement afin que chaque élément du système puisse contribuer de manière optimale à l’harmonie de l’ensemble ; c’est une erreur profonde, il n’avait pas saisi la fragilité d’un tel ordre artificiel ; tout ordre véritable requiert une marge importante de liberté et donc d’imprévisibilité ; ici, Mill doit nous guérir de Comte).

Le progrès pour but : à quoi bon la civilisation, si ce n’est pour accroître notre compréhension et notre contrôle de l’univers ? Il ne nous suffit pas d’aspirer à façonner une société libérée des nombreux troubles sociaux qui avilissent l’existence d’homo sapiens depuis son apparition ; nous devons être plus ambitieux, et tendre vers le dépassement des limites insupportables de la condition humaine. La civilisation doit être conçue comme un processus dynamique visant à embellir continuellement l’existence : nous voulons mieux qu’une courte vie limitée à 80 années, nous souhaitons nous affranchir au maximum de la vieillesse et de la mort, et nous ne pouvons rester bras croisés face à l’ordre naturel du cosmos qui menace de détruire tout ce qui a été édifié au cours des millénaires passées. Notre horizon commun doit être le progrès continu de la science et de la technologie afin que nous puissions avancer d’année en année vers une existence plus complexe et plus belle.

Certes, les moyens imaginés par Comte pour atteindre l’idéal positiviste sont aussi honteux que dérisoires, mais l’idéal lui-même me semble clair et irréprochable ; c’est en ce sens que j’aime à me qualifier de positiviste ; j’aimerais que nos délibérations collectives puissent êtres éclaircies par cette maxime : l’amour pour principe, l’ordre pour base, et le progrès pour but.

#politique #technique #transhumanisme #éthique