Petite énumération de propositions empiriques fragilisant la croyance au libre arbitre
Il est difficile de faire fléchir un partisan du libre arbitre ou de n’importe quelle autre thèse en déployant des arguments a priori. Les arguments non-empiriques donnent toujours le sentiment qu’on essaye d’embrouiller l’entendement à coup de syllogismes habiles, cachant sournoisement une faute logique quelque part ; après tout, si on peut réussir à rendre théoriquement plausible la thèse que le mouvement n’existe pas (paradoxe d’Achille et de la tortue) contre toute évidence sensorielle, on peut bien aussi donner l’illusion que le libre arbitre n’existe pas dans une série d’inférences apparemment convaincantes. Il n’est donc pas très étonnant de constater que les meilleures tentatives de réfutation non-empiriques de l’idée de libre arbitre n’emportent que peu la conviction ; ainsi, l’argumentation a priori de Galen Strawson, nommée “l’argument basique”, ne peut, il me semble, que renforcer la conviction de ceux qui doutent déjà fortement de l’existence du libre arbitre et de la responsabilité morale (en résumé : pour être libre et moralement responsable, il faudrait être responsable de ce que l’on fait, mais pour être responsable de ce que l’on fait, il faudrait être responsable de ce que l’on est, or, il est évident qu’il est impossible d’être responsable de ce que l’on est).
Dans un procès au tribunal où il est impossible de démontrer avec une certitude absolue la culpabilité d’un accusé, nous pouvons accumuler les petits faits avérés qui, accumulés, renforcent suffisamment la probabilité de la culpabilité pour qu’un jugement juste soit prononcé ; de même, nous pouvons, sans prétendre apporter une démonstration définitive, rendre suffisamment plausible la thèse de l’inexistence du libre arbitre et de la responsabilité morale en dressant une liste synthétique de propositions empiriquement vérifiées allant à l’encontre de la croyance en leur existence. C’est ainsi, je crois, qu’une philosophie empiriste et positiviste doit procéder : modestement glaner des connaissances fiables générées par la science, les traduire en une forme assimilable pour l’entendement, les rapporter à des théories et des thèses pour évaluer leur plausibilité, en tirer des leçons générales sur notre vision du monde et notre conduite morale. On ne doit pas procéder autrement si on veut argumenter sur les problèmes du choix du meilleur mode de gouvernement, des moyens d’accéder durablement au bonheur, sur la dangerosité du développement rapide des IAs pour la civilisation humaine.
Concernant le problème du libre arbitre, l’exercice n’est pas trop difficile à mener à bien ; avec le progrès rapide des sciences empiriques ces cent dernières années, nous connaissons un très grand nombre de tendances incontrôlables identifiées par les neurosciences, la sociologie, l’endocrinologie, l’anthropologie, la génétique, la criminologie. Je me propose donc ici de donner un petit aperçu de l’arc causal multifactoriel hors de notre contrôle susceptible d’influencer notre pensée et notre comportement. La quasi-totalité de ces faits empiriques provient de Behave de Robert Sapolsky ; on y trouvera les références de toutes les études évoquées ici.
Agmydales
- L’excitation des amygdales cérébrales favorise l’agression. Plusieurs situations qui ne dépendent pas de l’individu peuvent altérer le fonctionnement normal de l’agmydale :
- Les tumeurs. On peut citer quelques cas célèbres :
- Ulrike Meinhof, fondatrice d'un groupe terroriste appelé the Red army Faction qui est à l'origine de plusieurs attaques à la bombe et de cambriolages de banques en Allemagne. Meinhof avait une vie normale et conventionnelle en tant que journaliste avant de se radicaliser brutalement. Nous savons qu'en 1962 Meinhof s'est faite retirer une tumeur bénigne dans son cerveau. Suite à l'autopsie faite après son décès, on a découvert qu'il y avait des restes de tumeur et des cicatrices provenant de l'opération sur l’une de ses amygdales. Autrement dit : il est probable qu'elle n'aurait jamais été terroriste si elle n'avait pas eu de tumeur ou si l'opération s'était mieux déroulée.
- Charles Whitman, en 1966, le sniper de la Texas tower. Après avoir tué sa femme et sa mère, il a fait un massacre dans l'université de Texas, à Austin, en tuant 16 étudiants et en en blessant 32. Or, Charles Whitman n'avait rien du profil du tueur fou. C'était un boy scout, un enfant de choeur avec un haut QI, devenu ingénieur et heureux dans son mariage. Dans les années précédents son méfait, il avait consulté plusieurs docteurs en se plaignant de puissants maux de têtes et d'impulsions bizarres, incontrôlables. Il a laissé des notes sur les cadavres de sa femme et de sa mère. Extrait : “Je ne peux rationnellement trouver aucune raison de la tuer ; il faut que vous ne doutiez pas un seul instant que j'aimais cette femme de tout mon coeur." Dans sa lettre de suicide, il demande une autopsie de son cerveau et lègue tout son argent à une association pour la santé mentale. L'autopsie montrera que son intuition était correcte : il avait une tumeur gliobastome qui pressait son amygdale…
- Les tumeurs. On peut citer quelques cas célèbres :
- Les individus qui souffrent de stress post-traumatique ont des agmydales hyperréactives et plus grandes que la moyenne qui mettent plus de temps à se calmer après avoir été excitées.
- Les psychopathes ont des agmydales plus petites que la normale. Ils réagissent moins à la douleur et à la peur.
- Dans le jeu de l’ultimatum , celui qui refuse l’offre prend une décision émotionnelle : il est en colère et veut punir son camarade. Plus l'agmydale est activée chez le joueur qui est dans la position de refuser, plus il est probable qu'il refuse l'offre. Au contraire, les joueurs qui ont des amygdales endommagées sont atypiquement généreux : leur taux de rejet de l’offre n’augmente pas lorsqu’ils reçoivent des offres significativement injustes.
Cortex frontal
Le cortex frontal est la partie du cerveau la plus développée chez l’homme comparativement aux autres espèces : c’est ce qui détermine les fonctions exécutives, la gratification différée, la planification sur le long germe, la régulation des émotions, l’inhibition des pulsions — bref, tout ce qui est traditionnellement associé à ce qui nous rend supérieurs aux autres animaux.
- Les dégâts infligés au cortex frontal se traduisent systématiquement par une altération du comportement.
- Le fameux Phinéas Gage
- La démence fronto-temporale, malheureusement trop connue et éprouvée dans notre société vieillissante, en endommageant les neurones du cortex frontal, génère des comportements socialement inappropriés, ainsi qu’une certaine apathie, une difficulté à initier une série d’actions, comme si le “décideur” au sein de la personne était en train de disparaître.
- La maladie d’Huntington, d’origine génétique, détruit les circuits sous-corticaux coordonnant les muscles, ce qui suscite des troubles moteurs graves, comme les fameux mouvements involontaires et incontrôlables de tortillements caractéristiques de la maladie. Mais la maladie d’Huntington détruit aussi prioritairement le cortex frontal, et c’est pourquoi au moins la moitié des victimes de la maladie manifestent une attitude désinhibée : ils ont davantage tendance à commettre des actes impulsifs, à voler, à agresser sexuellement, à faire des paris dangereux. C’est le thème du magnifique livre de Ian McEwan, Saturday , l’un de mes romans préférés.
- Les AVC atteignent parfois le cortex frontal : les victimes ont alors une disposition beaucoup plus grande que la moyenne à avoir des comportements problématiques, ce qui est souvent observable dans les maisons de retraite où des octogénaires, parfaitement disciplinés et courtois auparavant, manifestent une tendance au harcèlement sexuel. — C’est ce que l’on voit dans le Journal d’un vieux fou de Junichirô Tanizaki, encore un très bon livre.
- Nous savons qu’une part importante de personnes incarcérées pour des crimes violents ont subi un traumatisme au cortex frontal.
- Les psychopathes criminels ont une moindre activité du cortex frontal inférieur à la moyenne ainsi qu’une plus faible connectivité de leur cortex frontal avec les autres régions cérébrales. — Est-ce leur faute ?
- Le cortex frontal est très variable selon les individus : on sait que les personnalités dites répressives (ces gens qui ne sont jamais en retard, qui planifient tout, qui ne connaissent pas la procrastination, qui peuvent dire ce qu’ils mangeront mardi soir) ont un métabolisme de base du cortex frontal plus élevé, c’est-à-dire que le besoin énergétique par défaut de la partie du cerveau à l’origine de la planification est supérieure à la moyenne. — Peut-on vraiment féliciter un élève de rendre ses devoirs à l’heure et en blâmer un autre de ne pas parvenir à le faire si ceci est — au moins partiellement — déterminé par le métabolisme de leur cortex frontal sur lequel ils ne peuvent avoir aucun contrôle ?
Attirance sexuelle
- Les hommes préfèrent les visages des femmes lorsqu’elles ovulent. Combien d’histoires d’amour ont été, peu ou prou, générées par le hasard d’un cycle menstruel ?
- Les femmes préfèrent les odeurs des hommes à haut taux de testostérone.
- Quand les hommes hétérosexuels sont en présence de femmes, ils prennent plus de risque, dépensent plus, sont plus agressifs dans les jeux compétitifs.
Influence des odeurs sur l’attitude morale
- Si on interroge les gens dans une salle qui sent la poubelle, les gens deviennent plus conservateurs sur des sujets de société sans changer d'opinion sur l'économie ou d'autres sujets plus neutres moralement.
- Au contraire, la présence d’une bonne odeur, comme l’odeur des croissants chauds, favorise les comportements altruistes. — Ruwen Ogien en a fait un livre accessible et stimulant.
Faim
- Quand un individu a faim, il devient significativement moins charitable et plus agressif. Par exemple, quelqu'un qui a faim tend à choisir des punitions plus sévères contre des opposants dans des jeux psychologiques. — Je n’ai pas besoin de lire des études expérimentales pour le savoir, j’ai toujours observé que j’étais odieux avec l’estomac dans les talons, mon entourage peut en témoigner!
Testostérone
- La castration, même si elle ne la supprime pas complètement, diminue néanmoins le taux d’agression dans toutes les espèces animales.
- Un taux élevé de testostérone augmente :
- La confiance en soi, l’optimisme.
- L’impulsivité, la prise de risque.
- La sensibilité des amygdales lors de la perception de visages étrangers.
- Au contraire, un taux élevé de testostérone diminue :
- L’imitation des expressions émotionnelles d’autrui.
- La peur et l’anxiété.
- L’activité du cortex préfrontal.
Ocytocyne
- Une augmentation du taux d’ocytocyne augmente le niveau de confiance dans les autres, l’empathie, la sociabilité.
- Si on pulvérise de l’ocytocyne dans le nez d’une femme, elle aura tendance à trouver les bébés plus mignons…
- Les femmes qui ont des variantes des gènes favorisant la production d’un haut niveau d'ocytocyne et de récepteurs d'ocytocines touchent davantage leurs enfants et synchronisent davantage leur regard avec eux.
- L'ocytocyne et la vasopressine augmentent chez l'homme quand la mère met au monde l'enfant ; il le trouve mignon, attachant, veut en prendre soin.
- Un niveau élevé d'ocytocyne dans un couple qui vient de se constituer prédit un plus haut niveau d'affection physique, des comportements plus synchronisés et une relation plus longue et heureuse.
- Etude amusante : les couples doivent discuter de leurs conflits. On injecte à l'un des groupes de l'ocytocyne dans le nez. Résultat : ils ont tendance à communiquer plus positivement et à secréter moins d'hormones de stress que le groupe contrôle.
- Autre étude amusante : des hommes hétérosexuels doivent participer à une tâche physique absurde avec une chercheuse attirante. Chez les hommes qui sont dans une relation stable, l'injection d'ocytocyne tend à faire que les hommes s'éloignent physiquement de la femme, mais cet effet ne se manifeste pas chez les célibataires et lorsque le chercheur est un homme.
- Un homme qui reçoit de l'ocytocyne aura tendance à regarder moins longtemps des images de femmes attirantes.
Syndrome prémenstruel
- Depuis les études passionnantes menées par Katharina Dalton, qui a inventé l’expression syndrome prémenstruel, nous savons que certaines femmes tendent à être plus agressives au moment de la menstruation.
- On peut citer le cas célèbre de Sandie Craddock, déclarée coupable en 1980 d’une trentaine d’accusations : vol, incendie, assassinat... Il se trouve qu’elle était diariste ; l’analyse de son journal a permis de découvrir que ses méfaits coïncidaient exactement avec ses périodes de menstruation. Grâce à la découverte de cette corrélation, elle a pu être mise en probation avec un traitement à base de progestérone, grâce auquel son comportement est devenu irréprochable. Mais l’histoire de s’arrête pas là ! Quelques années plus tard, son médecin a pris la fâcheuse décision de réduire son traitement de progestérone — résultat : elle a été arrêtée en train de poignarder quelqu’un. A nouveau, elle est mise en probation avec un rétablissement de la dose nécessaire de progestérone, et plus personne n’a jamais eu à se plaindre de Sandie Craddock.
Glucocorticoïdes (cortisone et cortisol), générés par le stress.
- Les enfants qui subissent des abus suffisamment graves pour générer un stress post-traumatique sécrètent un excès de glucocorticoïdes impactant jusqu’à la fin de leur vie leur cognition, leur empathie, leur contrôle d’eux-même. Quelques mois d’abus générant un stress intense suffit pour altérer la croissance normale de l’hippocampe, partie du cerveau essentielle pour la mémoire et de l’apprentissage.
- Depuis les travaux de Martha Farah et Tom Boyce, nous savons qu’à 5 ans, un enfant qui a un niveau socioéconomique bas, a, en moyenne :
- un niveau de base de glucocorticoïdes plus élevé
- un cortex frontal plus mince avec un métabolisme plus bas que la moyenne
- des fonctions corticales moins développées (mémoire de travail, régulation émotionnelle, contrôle de soi…)
- une augmentation de la sensibilité des agmydales et donc davantage de propension à l’anxiété et à la peur.
- Une femme enceinte stressée génère des glucocorticoïdes qui atteignent le foetus, ce qui a pour effet de faire décroître le développement du nombre de neurones et de synapses et tend à augmenter le niveau d’anxiété et de dépression de l’enfant à naître.
Les gènes
- Nos gènes exercent une influence causale sur tout ce que l’on est et tout ce que l’on fait — même si, (la nuance est importante pour éviter le monocausalisme et les réductionnismes fallacieux) aucun de nos comportements ne peut s’expliquer que par nos gènes.
- Il y a tant de traits et de capacités dont l’héritabilité génétique est forte qu’on ne sait sur quel élément insister :
- Les performances dans les humanités et dans les sciences
- La capacité à apprendre une langue étrangère
- La capacité à lire une carte
- Le niveau d’empathie
- La tendance à la dépression
- La tendance à l’introversion ou à l’extraversion
- Les troubles de l’attention (TDAH)
- Le poids (à 70% environ)
- Le quotient intellectuel : l’éducation ne peut faire varier le QI que de 20 points environ.
Culture individualiste et holiste
Les cultures holistes sont les cultures qui valorisent l’harmonie, l’interdépendance, la conformité au groupe par contraste avec les cultures individualistes qui valorisent plutôt l’autonomie, l’accomplissement personnel, l’originalité, la compétitivité.

Des études comparées ont permis de découvrir que dans les cultures individualistes, on tend, par rapport aux cultures holistes, davantage à :
- Utiliser la première personne du singulier et utiliser des termes personnels plutôt que relationnels pour se définir (« je suis entrepreneur » plutôt que « je suis père »)
- Attribuer le succès à des attributs intrinsèques (« je suis très bon à X ») plutôt qu’à des attributs extrinsèques et situationnels (« j’étais au bon endroit au bon moment»).
- Se souvenir des événements importants de notre développement (« C’est cet été là que j’ai appris à nager. ») et des moments où l’on a exercé une influence sur quelqu’un plutôt que des interactions sociales importantes (« C’est cet été là que je suis devenu ami avec X ».) et des moments où l’on a été influencé.
- Secréter des glucocorticoïdes quand il faut parler d’un événement où l’on a été influencé par quelqu’un, comme si l’absence d’autonomie était une source de stress et de déplaisir.
- Activer la partie du cortex frontal régulant les émotions lorsqu’on nous présente une image de nous-même.
- Activer le système dopaminergique mésolimbique lorsqu’on perçoit des individus ayant une expression faciale excitée et agitée.
- Avoir de meilleures performances dans la détermination de la taille d’un objet isolé, alors que notre performance est inférieure lorsqu’il s’agit d’estimer la taille d’un objet comparé à celui d’autres objets.
- Regarder prioritairement l’individu se trouvant au milieu d’un décor complexe, tandis que les membres des cultures holistes font plus attention aux détails de la scène qui entourent la personne au centre.
Inégalités
- Plus l’inégalité est importante dans une société (mesurée par le coefficient de Gini), moins les gens tendent à manifester un comportement altruiste dans des jeux économiques coopératifs.


- Il y a une corrélation entre le niveau d’inégalité financière et le niveau de crimes violents. (Une explication plausible, simple et déprimante, est que le meilleur moyen de réduire le niveau de glucocorticoïde généré par le stress socio-économique est d’agresser et d’humilier quelqu’un.)
- Plus un pays présente un haut niveau d’égalité homme-femme, moins il y a d’inégalités dans les résultats mathématiques. Une jeune fille islandaise a beaucoup plus de chance d’être bonne en mathématiques qu’une américaine et, a fortiori, qu’une turque.
Et… je m’arrête ici parce que j’en ai marre : ανάγκη στεναι
Quand on se représente dans l’esprit l’ensemble de ces faits, peut-on encore décemment croire que l’on est responsable de ce que l’on fait et de ce que l’on est ? Peut-on encore croire qu’un psychopathe aurait pu faire autrement, qu’un major de promo est à l’origine de son propre succès ? Comment pourrait-on envisager qu’une volonté puisse être autonome et moralement responsable face à toutes ces forces causales ?
Et pourtant, ceci n'est qu'un échantillon très limitée et imparfait des tendances causales qui déterminent notre comportement ; on pourrait en citer des centaines de plus. Absolument n’importe quoi chez n’importe qui peut s’expliquer par une multiplicité de facteurs causaux ; rien n’échappe à ce déterminisme.
Si, de surcroît, on prend la mesure de notre ignorance et de la complexité de notre machinerie intérieure, de notre cerveau et de la société, en ayant clairement à l’esprit que les sciences utilisées pour découvrir ces faits n’en sont qu’à leur balbutiement, nous comprenons alors à quel point c'est uniquement par manque de connaissances que nous sommes tentés de justifier la croyance au libre arbitre et à la responsabilité morale. Devant cette croissance continue des connaissances déterminant nos actions et nos pensées, nous ne pouvons ni nous fier à des raisonnements motivés niant l’évidence empirique ni rester neutres : cela n’est pas volontaire, nous sommes embarqués... Nous devons résolument admettre l'inexistence quasi certaine du libre arbitre et en mesurer les conséquences éthiques et politiques. Nous ne pouvons plus croire en la liberté de l'âme des théologiens, dans la liberté transcendantale des kantiens, dans le sybillin pouvoir de néantisation du pour-soi des existentialistes, dans les tours de passe incohérents des compatibilistes ; nous devons assumer la pensée d'une vie sans libre arbitre et sans responsabilité morale. Et cela, sans résignation, car il ne s'agit pas d'une mauvaise nouvelle ; avec enthousiasme, car l'humanité gagnera à se penser elle-même en procédant à la manière des ingénieurs qui cherchent activement à améliorer les systèmes qu'ils construisent plutôt qu'à la manière des juges qui perpétuent le ressentiment collectif sans chercher à remédier aux problèmes fondamentaux.